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 Annexion © Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien

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MessageSujet: Annexion © Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien   Sam 10 Mar - 20:32

[url=Annexion © Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien]http://www.espritdechien.fr/annexion.php[/url]



Annexion



« Il est bien réducteur et stérile de tracer une frontière infranchissable entre l’homme et l’animal, entre la nature et la culture. »
Dominique Guillo.

« Nous avons dépensé une grande énergie pour nous arracher à notre condition animale, nous n’avons pourtant jamais réussi à vivre sans les animaux. »
« Si les animaux ne sont plus des outils, que devient notre légitimité à les exploiter ? »
Boris Cyrulnik.

Quelle est donc la place de Canis Familiaris chez Homo sapiens [sapiens], le premier annexé par le second ?

Ce rapprochement interspécifique cent mille fois millénaire est aujourd’hui essentiellement, du moins dans nos contrées, affectif.
Cela n’a pas toujours été le cas. Loin de là.

Le chien a été artificiellement façonné au fil des millénaires pour s’adapter aux besoins et volontés humaines : néoténique pour jouer sa vie durant et satisfaire à nos résurgences adolescentes, pédomorphique pour ressembler à un éternel enfant et faire vibrer notre fibre génitrice et donc protectrice, infatigable pour parcourir sans défaillir nos terrains de chasse et tirer nos traîneaux, puissant pour protéger nos foyers, fouisseur pour traquer la vermine, rassembleur pour garder nos troupeaux, aboyeur pour nous préserver des mauvaises rencontres, grand pour nous donner un statut social, petit pour nous accompagner dans nos foyers citadins, de la variété raciale la plus étendue du monde animal pour s’adapter à nos besoins utilitaires ou à notre simple demande d’agrément, queue ou oreilles coupées pour satisfaire à nos critères de beauté d’un moment, si intégré à la niche anthropogénique qu’il ne sait même plus chasser pour se nourrir lui-même.

Le chien a subi tout cela, stoïque et impavide.
Il n’avait pas le choix.
Il ne l’a jamais eu.

Aujourd’hui totalement captif et dépendant de l’Homme, il entretient avec lui une relation commensale pourtant sans pareille.
Cet asservissement pourrait paraître cruel et l’est sans doute, pourtant les chiens familiers occidentaux contemporains sont loin d’avoir tiré la plus courte paille.

Le chien a été élevé pour sa chair pendant toute l’ère du Néolithique (-11.000 à -5.300 ans) ; le plus grand massacre d’animaux de toute l’histoire eut lieu en l’an 80, lorsque Titus, inaugurant le Colisée de Rome, y fit massacrer 50.000 animaux en 100 jours ... de spectacle ; les combats de chiens, finalisés par mutilations et amputations sont encore monnaie courante en Chine, pour le plus grand bonheur des parieurs voyeurs ; dans certaines régions d’Asie il continue d’être élevé pour être consommé, où il est torturé pour souffrir au maximum avant d’être abattu, afin de que ses muscles soient plus goûteux sous le palais des convives.

Mais les esprits chagrins n’ont plus la cote et ces noirs faits, passés ou géographiquement trop éloignés pour nous émouvoir (qui se souvient encore du « On s’entretue à deux heures de Paris ! » à propos des conflits de l’ex-Yougoslavie ... parce qu’à trois heures, cela aurait certainement été moins grave pour les victimes), ne sont plus guère politiquement corrects.

Tout cela étant si loin, d’une manière ou d’une autre, pourquoi nous sentirions-nous concernés ?

Par malchance, à nos propres frontières pyrénéennes, les lévriers Galgos et Podencos qui déçoivent leurs propriétaires à la chasse sont soumis à une charmante coutume ancestrale : pendus par le cou avec les postérieures effleurant à peine le sol afin de s’étrangler eux-mêmes lentement, brûlés par cigarettes ou acide, lacérés avec des lames ou asphyxiés avec un sac plastique sur la tête, trainés derrière des véhicules ou simplement lâchés parmi eux afin d’y être délibérément renversés.
Raffinement ultime, une injection d’eau de Javel fera suffisamment souffrir le chien pour bien lui faire comprendre qu’il n’est pas digne des espoirs que son propriétaire avait fondés en lui.

Mais nous sommes occidentaux, bien élevés et hautement civilisés.

Nous nous préoccupons de la couche d’ozone et du tri sélectif, du bruit de la tondeuse le dimanche matin et de l’arrêt d’écoulement du robinet en nous lavant les dents, des papiers sur la voie publique et de la pollution en général, des aventures de la dernière petite amie d’Untel découverte par le tabloïde people à la mode du moment.

Quelle malchance donc que certains agissements aient lieu si proches de nous, géographiquement et temporellement !

Le monde ne saurait cependant être refait, amélioré ni même simplement interpellé par un simple article.
Revenons donc aux chiens et place à toute la beauté pluraliste de leur espèce, aux concours et parades, fanfares et cotillons, banderoles et orchestres campagnards.

Mon chien est beau et j’en suis fier.
Je ne suis cependant pour rien dans sa génétique : je l’ai choisi tel qu’il était déjà, comme une nouvelle voiture ou un nouveau vêtement.
J’en suis pourtant fier.

Le chien est devenu un objet de luxe, une position sociale et même un outil de communication intracommunautaire.
Avoir un chien réputé « dangereux » est désormais une étiquette, une carte de visite, pratiquement un statut : 80% des propriétaires américains de Pittbulls (qui, à leur grand dam, véhiculent une image agressive, alors que dangerosité et agressivité sont des notions tellement différentes !) ont un casier judiciaire ; posséder un chien « in » (Jack Russel ?) est signe d’attitude « branchée » ; détenir un chien de chasse fait très « gentleman farmer » ; être propriétaire d’un « chien de poche » fait très « classe ».
Posséder simplement un chien est déjà en soi une affirmation de niveau social.

Alors ?
Le chien est-il associé à une projection idéalisée de notre moi vers les autres humains, enfants, conjoints, amis, voisins et inconnus croisés subrepticement ?
Oui.
À n’en pas douter.

Si Rintintin sauve régulièrement Fort Apache, que Droopy (« You know what ? ... I'm the hero. ») fait rire de sa tristesse convenue et que Belle fait larmoyer les montagnes pyrénéennes à force d’être née le même jour que Sébastien, que devons-nous y voir ?
À l’évidence certainement plus des animaux, aussi anthropomorphisés soient-ils, mais bien des symboles.
Des symboles de pureté d’âme, de désintéressement et d’amitié sans faille, par-delà le temps et les événements.
Toutes choses qui manqueraient dans les relations interpersonnelles de nos sociétés humaines ?
Oui.
Également.

Mais qu’est donc véritablement le chien pour son propriétaire ?
Le conjoint jamais trouvé ou moins aimé avec le temps, le confident qui a toujours manqué, l’ami d’enfance qui n’a jamais existé, l’enfant qui est parti ou n’est jamais venu ?
Un peu de tout cela sans doute.

En présence d’un animal, l’être humain n’a pas à s’encombrer de préliminaires sociaux complexes : sa communication est moins « coûteuse » et moins risquée, psychologiquement plus contrôlable aussi ; l’engagement moral est plus modulable, plus facile à adapter aux circonstances et aux humeurs.
Parler à un chien est sociologiquement et psychologiquement à la fois économique et rassurant.

Le chien.
Empathique au possible et véritable « éponge émotionnelle », catécholamines aidant ; ultra-réceptifs à nos signaux physiologiques ; tellement annexé à l’Homme qu’il vocalise souvent en notre présence alors que ses ascendants et congénères sauvages sont pratiquement silencieux ; sollicitant du regard l’aide de leur maître à la moindre difficulté ; certainement le plus adaptable de toutes les créatures vivantes du globe, perçu humainement expressif alors qu’il ne possède pas nos muscles faciaux (il lape et n’a donc pas à arrondir les lèvres autour d’un récipient), sans langage articulé qui pourrait nous contredire, sans jugement à notre égard non plus de par le fait.
Il est l’Ami Rêvé pour l’homme qui en a besoin, ou simplement envie.

Celui à qui l’on confie secret d’amour et déboire professionnel, revers de vie et émoi furtif, perte anxiogène et euphorie passagère.

Et le chien, lui, qui est-il, qui reste-il dans tout cela ?
Après nos sélections génétiques, nos forces déployées à l’asservir pour mieux l’intégrer dans nos sociétés industrielles et bitumées, nos agissements trop souvent coercitifs et même parfois violents lorsqu’il ne se plie pas, l’espace d’un instant et telle une machine programmée au millimètre, à notre exigence du moment ?
Si peu.

Mais nous représentons l’espèce dominante, pensante, paroxysmique ; la création aboutie, le summum à jamais inégalé de l’être intelligent, sur cette planète et très certainement sur toutes les autres. Bienfaisant aussi, obligatoirement.
Quelle impudence.
Quelle dérision.
Quelle folie aussi.

Depuis plus de 100.000 ans, le chien nous épaule et nous suit, nous donne une raison d’espérer en un avenir meilleur, est un ami en qui croire au long-cours comme à l’instant présent.
Pour certains un exutoire aussi, une âme à tourmenter.
Si vrai, parfois si pathétique, trop souvent si terrible.
Si trop humain.

Le chien est indéfectiblement présent à nos côtés depuis l’époque où nous ne savions même pas tailler la pierre et grognions du fond de nos cavernes.
Il est à nos côtés que nous soyons riche ou pauvre, grand ou petit, beau ou laid, Noir ou Blanc, intelligent ou sot, érudit ou inculte.
Parce que son unique besoin, son unique demande, est d’être avec nous.
Il ne calcule ni n’anticipe, ne se projette ni n’intellectualise.
Mais il est là.
Parmi nous, avec nous, annexé par nous.
Si peu par lui-même désormais, mais si tout pour tant d’entre nous.

Nous nous adressons à lui en utilisant le registre linguistique Doggerel(*), comme pour nos enfants en bas âge, afin que l’émotion soit présente dans toute communication et que notre message soit adapté aux facultés de compréhension de notre vis-à-vis.
Le chien s’adapte donc à nous, mais nous aussi nous adaptons à lui.

Alors, le chien, un enfant pour nous ?
Probablement non. Heureusement.
Un substitut, un palliatif à la solitude affective engendrée par la société moderne, une projection sentimentale ?
Vraisemblablement.

Un catalyseur social également.

Cependant le chien, aussi intégré, incorporé, annexé soit-il à son foyer et à la société humaine en général, n’entre jamais directement en concurrence avec le conjoint, l’enfant ou l’ami : il est d’une espèce différente et peut donc à loisir être « mis de côté » au moment opportun.
Il est si facile de le faire et ainsi de préserver intactes les relations interpersonnelles humaines.

Mais ce chien, nous l’aimons. Indubitablement.

Le chien et l’Homme.
Le chien annexé à et par l’Homme.
Une histoire extraordinaire.
Heureusement et malgré beaucoup d’horreurs le plus souvent une histoire d’amitié.
La plus durable et la plus forte qui ait jamais existée sur cette planète.


© Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien

(*) Doggerel : en anglais, désigne une poésie mal construite et faite de vers de mauvaise qualité.
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