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 Les animaux ont-ils conscience de leur propre existence ?

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toferros
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MessageSujet: Les animaux ont-ils conscience de leur propre existence ?   Mar 3 Avr - 8:27

Les animaux ont-ils conscience de leur propre existence ?
Par Yohan Ajzenherc
Ethologiste au Refuge AVA.

César est un jeune chimpanzé à l’intelligence ultradéveloppée grâce à un traitement révolutionnaire
pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. Elevé chez les hommes depuis son plus jeune âge comme
n’importe quel enfant humain, il connaît parfaitement les réactions de ces derniers et sait
communiquer ses émotions autant qu’il est capable de comprendre celles de son maître, Will
Rodman, le chercheur qui a mis au point le fameux traitement. Plus tard, trahi par les hommes,
conscient du sort funeste qui l’attend, César utilisera ses connaissances de la nature humaine et ses
capacités à anticiper les réactions des hommes pour mener une rébellion. Celle-ci le portera, lui et
son espèce, à la tête de la planète… Evidemment, il s’agit là d’une fiction. César n’étant que le héros
animalier du dernier film de Rupert Wyat « La planète des singes, les origines ».
Pourtant, si cette histoire, qui tente d’expliquer pourquoi un jour les singes ont pris le pouvoir sur
notre planète, nous touche tant, c’est sans doute parce qu’elle accorde aux animaux la conscience de
leur propre existence et de celle des êtres qui les entourent. Depuis tous temps, et encore
aujourd’hui, la norme veut que seuls les hommes soient dotés de cette capacité. Attribuer aux bêtes
des particularités de l’intelligence humaine – comme la compassion pour son prochain, l’envie ou
encore la capacité à comprendre l’émotion des autres – est qualifié d’anthropomorphisme par les
scientifiques qui estiment que lorsque bon nombre de comportements chez les animaux peuvent
être expliqués par l’instinct et l’apprentissage nous ne devons pas les interprétés comme le fruit de
capacités supérieurs.
Qu’est-ce que la conscience de soi et des autres ?
Pour les éthologues, la conscience de soi est cette capacité particulière qui permet de se rendre
compte de ses propres sensations, de ses émotions et sentiments, de ses actes, de son existence,
etc. Par extension, la conscience de l’autre, appelée encore « théorie de l’esprit », c’est notre
capacité à pouvoir imaginer qu’un autre individu puisse aussi avoir des états mentaux, c'est-à-dire
des sentiments, percevoir l’environnement, être ému, avoir des connaissances ou des croyances.
C’est la conscience de l’autre, par exemple, qui me permet d’interpréter que mon voisin qui remet
son gilet a certainement froid. C’est encore la conscience de l’autre qui m’indique que si mon frère
pleure c’est parce qu’il ressent une émotion qu’on appelle la tristesse ou encore la douleur si elle est
consécutive à un coup. Toutes ces aptitudes sont indispensables à l’homme pour gérer ses relations
au sein du groupe social auquel il appartient, afin notamment d’anticiper et de prédire les réactions
de ses semblables. Elles relèvent de ce qu’on nomme « l’intelligence sociale » et pourraient n’exister que chez les espèces qui évoluent en sociétés complexes, comme les primates ou les corvidés.
C’est l’éthologue allemand Frans de Waal qui, dans les années 70, relate pour la première fois ses observations de scènes d’empathie et de consolation au sein d’un groupe de chimpanzés. A la suite d’une altercation, les individus qui avaient été vaincus se faisaient réconforter par leurs proches visiblement sensibles à leur déconvenue. Ce fut le point de départ de travaux de recherche relatifs à la théorie de l’esprit chez les animaux. Le but premier étant de déterminer de quoi sont précisément conscients les animaux à propos de leur congénères.
L’un de ces travaux, réalisé en zoo, a ainsi montré que les chimpanzés sont non seulement conscients de l’autre mais qu’ils sont aussi capables de prendre en compte les connaissances des autres à des fins bien précises. Pour les tester, les chercheurs ont disposé des bananes dans une pièce à la vue du mâle dominant du groupe ; d’autres bananes étant aussi disposées derrière une petite barrière opaque qui empêchait le mâle dominant de les voir. Les mâles subordonnés, risquant fort de se faire réprimander par le mâle dominant en se servant allègrement les bananes sous son nez, ne s’y sont pas risqués et sont allés consciencieusement et directement chercher celles qui étaient dissimulées. Des macaques, soumis à une expérience similaire, n’ont pas eu cette stratégie et se sont exposés à la punition du mâle dominant.
Plus tard, la même expérience a été réalisée avec des humains qui interdisaient à des chimpanzés de prendre une banane. Contrariés mais malins, ces derniers se sont cachés du regard de l’expérimentateur et ont effectué un détour afin de prendre le fruit sans être vus… Démontrant ainsi qu’ils sont non seulement capables de comprendre ce qu’un homme peut percevoir et savoir, mais aussi qu’ils peuvent manipuler ses croyances pour parvenir à leur but. D’autres expériences de ce type réalisées avec des geais, oiseaux de la famille des corvidés, ont montré que ces derniers pouvaient également tromper consciemment leurs semblables. En effet, mis en présence d’un congénère mal intentionné, ils ne se sont pas risqués à cacher leur nourriture sous son nez, mais bien à l’abri de sa convoitise ! Et si l’oiseau, par malheur, s’était rendu compte que l’individu l’avait quand même observé entrain de dissimuler son repas, il était alors parti le reprendre pour le camoufler un peu plus loin. Ces oiseaux sont donc conscients des connaissances des autres et agissent en conséquence…
Conscience de soi chez les animaux
Selon les hypothèses actuelles des scientifiques, c’est l’apparition de cette conscience des états mentaux des autres chez les animaux appartenant à des sociétés complexes qui aurait préludé, dans l’évolution des espèces, à l’émergence de la conscience de ses propres états mentaux, autrement dit, la conscience de soi. A ce jour, le meilleur moyen de mettre en évidence cette conscience de soi chez les animaux qui ne peuvent pas s’exprimer comme nous, reste le « test de la tache ». Il a été mis au point à la fin des années 70 par le docteur Gordon Gallup. Très simple, il a consisté à dessiner une marque rouge sur le front de chimpanzés endormis. A leur réveil, placés devant un miroir, ces grands singes se sont mis à inspecter cette tache étrange comme n’importe lequel d’entre nous scruterait l’apparition d’une ride sur son front le matin devant la glace. Les chimpanzés testés se sont donc reconnus dans le reflet qu’ils n’ont pas pris pour un autre individu. Ils se sont même mis à examiner d’autres parties de leur corps qu’ils ne pouvaient voir sans miroir, comme leur cavité buccale ou le bas de leur dos. Pour le docteur Gallup, cette reconnaissance de soi dans un miroir est la preuve, à
une forme rudimentaire certes, d’une certaine conscience de soi. Depuis cette expérience, d’autres espèces ont été soumises au test de la tache. Les dauphins, les grands singes, les éléphants, les pies et même une orque l’ont brillamment réussi.
Pour autant, les éthologues estiment que la conscience de soi est une notion compliquée à étudier car il est difficile de savoir si les animaux sont conscients de ce qu’ils font, de leurs émotions, de leurs connaissances ou si leurs comportements sont simplement des actes instinctifs ou résultant d’apprentissages. Pour permettre d’en savoir un peu plus, une expérience a été menée sur des capucins afin de déterminer s’ils étaient capables d’évaluer leurs propres connaissances, autrement dit s’ils étaient capables d’introspection. Soumis à un test de mémoire sur écran tactile, les singes recevaient une grosse récompense dès qu’ils donnaient la bonne réponse. Mais s’ils ne connaissaient pas la bonne réponse, un choix leur était proposé : soit ils tentaient de répondre et, en cas d’erreur, voyaient la récompense leur filer sous le nez, soit ils indiquaient qu’ils ignoraient la réponse et se voyaient remettre une récompense de consolation. La plupart ont opté pour la seconde option dès qu’ils hésitaient sur la réponse prouvant ainsi qu’ils étaient capables à la fois de réfléchir sur eux-mêmes et d’évaluer leurs connaissances.
Et chez le chien ?
Qu’en est-il de nos compagnons à quatre pattes ? Chaque jour, nous pouvons sans problème les soumettre au test du miroir. Parfois, ils y vont aussi d’eux-mêmes et, certains semblent l’ignorer totalement, alors que d’autres montrent des réactions face à leur reflet (joie, crainte, grognement, aboiements) nous laisse penser qu’ils croient apercevoir un congénère et ne se reconnaissent pas. Cependant, il a été montré que les chiens ne sont pas capables, sans apprentissage, de comprendre que le miroir est une paroi réfléchissante. Cette question nécessite donc une investigation scientifique qui n’a pas encore été abordée par les chercheurs. Quant au test de la tache sur le front, il est difficilement réalisable chez le chien car l’expérience prouve qu’il n’attache aucune importance aux quelconques traces qu’il peut avoir sur le corps.
Que sait-il de lui-même ?
Doit-on pour autant en conclure que ni le chat ni le chien n’ont une conscience claire de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils font, ce qu’ils sont et de nous-mêmes ? Certainement pas, mais il est clair que ce n’est pas parce que mon animal affiche un regard coupable quand je rentre du bureau et que je découvre une bêtise dans le salon qu’il a conscience d’avoir commis une faute. Les éthologues nous ont dissuadés de le croire en réalisant des expériences qui ont démontré que ce n’est pas la culpabilité qui les fait réagir ainsi mais le regard réprobateur que nous portons sur eux ou, pire, l’intonation de notre voix qui ne correspond pas à un message amical ! Alors, inutile de punir une fois la bêtise découverte car votre chien subira la sanction sans en connaître la raison…
De la même manière, si votre chien aboie après vous le soir lorsque vous rentrez du travail, ce n’est pas forcément pour vous signifier qu’il est largement l’heure de lui servir sa gamelle car il est mort de faim… Ce comportement résulte vraisemblablement d’un apprentissage par lequel il a « découvert » que lorsqu’il aboie, vous le récompensez en lui apportant un repas. C’est d’ailleurs sur ses extraordinaires facultés d’apprentissage, son aptitude à communiquer avec l’homme que nous l’avons retenu et sélectionné. Il reconnaît nos signaux communicatifs à travers nos regards, nos intonations de voix, nos expressions faciales, notre gestuelle… et sait nous utiliser à son profit. Ainsi
lors d’une expérience, un homme a placé un objet dans une boîte en présence de deux personnes dont une seule voit ce que fait l’expérimentateur. Présent, le chien vient alors réclamer l’objet hors de sa portée à la personne qui a été témoin de la scène et pas à celle qui n’a rien vu. Ces résultats encouragent aujourd’hui les chercheurs à en savoir davantage sur ce que le chien peut prendre en compte chez l’homme et sur la théorie de l’esprit jusque-là très peu étudiée chez cette espèce…
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