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 Eliminer les agressions anthropomorphiques - L. Bruder Sergent

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MessageSujet: Eliminer les agressions anthropomorphiques - L. Bruder Sergent   Lun 29 Avr - 10:03

Eliminer les agressivités anthropomorphiques dans le langage courant

Au cours des trois derniers mois, nous avons expliqué ce qui pouvait pousser un chien à adopter une conduite agressive. Les circonstances, l’environnement, le comportement des humains et des autres animaux (les causes exogènes) d’une part, les perceptions, les expériences passées et le caractère propre du chien (les causes endogènes) d’autre part, peuvent provoquer son indifférence, une ignorance feinte, sa fuite, une activité redirigée… ou au pire une morsure.

Il y a toujours une raison à la conduite agressive du chien

La menace révèle l’inconfort de l’animal et évite la morsure. Il est alors indispensable de faire la bonne interprétation de la tension générée chez lui, et du risque potentiel à aller contre son gré. Dans ce but, nous allons tacher d’expliquer puis évincer de notre langage certaines expressions dévoyées.

La méconnaissance, l’habitude ou le réflexe nous amènent parfois à verbaliser improprement l’attitude de notre compagnon, particulièrement en la caractérisant selon notre perception humaine. Voici décortiqués quelques anthropomorphismes du langage commun.

Il est méchant

La volonté de nuire à autrui, de façon intempestive et aléatoire, ne correspond pas au processus cognitif du chien. S’il s’attaque indifféremment à tout individu, il y a lieu d’éliminer en premier toute cause organique avec le vétérinaire. Ensuite, il faut évaluer l’influence des conditions d’élevage durant ses premiers mois de vie et le rôle qui lui fût dévolu, ainsi qu’à ses parents, à sa lignée et à sa race. Adopter un chien de ferme de deux ans peut se révéler très compliqué s’il a passé le début de sa vie à repousser les intrus, chasser les rongeurs et alerter au moindre bruit, car il reproduira probablement ces comportements.
S’il sélectionne ses victimes, cela peut être dû à une carence de socialisation (rencontres intra-spécifiques) ou de familiarisation (échanges inter-spécifiques). Par exemple, être élevé seulement avec des petits chiens blancs pourra faire craindre les grands chiens noirs, et vivre une expérience traumatisante comme se faire frapper par un homme à lunettes quand on est chiot pourra amener le chien devenu adulte à anticiper la douleur et attaquer les hommes à lunettes…

Il est jaloux, perfide, il se venge

Certains chiens profitent du fait que nous ayons le dos tourné pour nous mordre les mollets ou détruire nos chaussures. Pour autant, nous autres comportementalistes ne parlons pas de « jalousie, perfidie ou vengeance », qui impliqueraient que les chiens planifient sournoisement des représailles. Nous préférons évoquer une gestion inadéquate de la relation avec le chien en terme de contacts affectifs (« jalousie »), un mauvais apprentissage des codes canins et des règles humaines (« perfidie »), ou encore une mauvaise interprétation du comportement du chien (« vengeance »).

Contrairement à l’humain qui a souvent recours à l’adage « la vengeance est un plat qui se mange froid », l’animal agacé, frustré ou anxieux va reporter rapidement son stress sur ce qui lui tombe sous les crocs ou les pattes, pour s’en défaire. L’activité redirigée sert à évacuer immédiatement les tensions. La question à laquelle doit alors répondre le propriétaire est : « qu’est ce qui s’est passé juste avant le déclenchement de son comportement qui explique cette activité substitutive ? ».

Il est dominant

Voilà l’expression miracle qui évite toute remise en question du propriétaire (et du « professionnel » aux connaissances limitées). Si un chien s’autorise un comportement agressif contre la volonté de son maître, c’est que ce dernier n’entretient pas une relation claire avec son animal, appuyée sur une communication de qualité et un mode relationnel cohérent. Parfois, il faut aussi être capable de reconnaitre que le couple Homme-Chien n’est pas fiable, au regard des caractères et capacités physiques de l’un et de l’autre. Heureusement, il suffit le plus souvent de recadrer la place de chacun selon les axes vus lors des trois articles précédents : la gestion de la nourriture, de l’espace et des interactions.

Fixer les règles permet au chien de savoir ce qu’il est autorisé ou non à faire. Nous verrons dans le prochain article comment les appliquer de façon amicale et positive, sans imposer obligatoirement un lien de subordination autoritaire.

Nicolas Sergent et Laurence Bruder Sergent pour le Chien Magazine (Suisse)
www.vox-animae.com
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